Le 10 janvier 2014, je participerai au séminaire « Narrations sérielles et Transmédialité » organisé par le Centre d’Etudes et de Recherches Comparatistes (CERC, EA 172), Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, ainsi qu’en collaboration avec l’Université d’Amsterdam et la Amsterdam School for Cultural Analysis. Que ferai-je là, me direz-vous ? Je viendrai parler de la question de la transformation de la narration dans les romans, et notamment de l’influence des médias dans l’écriture.

En effet, j’ai toujours revendiqué d’avoir touché à la passion de la littérature grâce aux mangas et aux jeux vidéo. Pour exagérer un peu, j’ai presque envie de dire : je n’écrirai pas si je n’avais pas joué à Pokémon. Oui, oui. Cela ne m’a pas empêché ensuite de faire un Master en Littérature Comparée et de découvrir avec passion Balzac, Ovide, Chrétien de Troyes, Duras et bien d’autres. Si je devais parler de mes inspirations pour Oraisons, je dirais que c’est un mélange entre des cours d’ethnologie, d’histoire, le tout mixé avec Final Fantasy. Ce qui nous lie est pour moi un mélange étrange entre Death Note (l’œil du Shinigami), Nana (la question de la dépendance affective) et Lost (la gestion de la temporalité). Jusqu’ici, tout cela me paraissait assez naturel, jusqu’à ce que je sois confrontée à des questions de fond avec des collègues ayant 20 ou 30 ans de plus que moi, et regardant d’un œil au choix intrigué, passionné, méfiant, ou méprisant, cette nouvelle génération d’auteurs marqués par le transmédia.

Il n’y a pas que la littérature qui raconte. Par contre, la littérature permet quelque chose que n’autorise que difficilement à mon sens les narrations plus visuelles. Elle explore l’intériorité de l’être, donne accès aux pensées et aux sentiments.

Récemment, sur d’excellents conseils, j’ai lu Buzz de Frank Rose aux éditions Sonatine.

 

« Mulholland Drive, A.I. Intelligence artificielle, Matrix, The Dark Knight, Inception,Lost, Grand Theft Auto, Gears of War, Metal Gear Solid, Halo 2… Le monde de demain est déjà là.

La naissance de l’imprimerie a été à l’origine du roman, celle d’Internet est à son tour en train de donner lieu à une nouvelle forme d’expression. Ces dernières décennies, une nouvelle génération de créateurs a en effet peu à peu pris le pouvoir dans le domaine du divertissement. Les plus âgés ont grandi avec Star Wars, les plus jeunes avec YouTube et Facebook. En rupture avec les récits linéaires traditionnels, tous ont en commun, à travers les jeux vidéo, les films, les séries, le storytelling, de révolutionner notre appréhension de la réalité, ouvrant la voie à des univers multiples, ludiques, interactifs, transmédias.

C’est cette révolution que Frank Rose, journaliste à Wired, nous décrit ici. Multipliant les anecdotes sur les coulisses du cinéma, de la télé, des sites Internet, des nouvelles agences de communication, il est également allé à la rencontre de quelques-uns des grands créateurs de cette nouvelle génération, tels Damon Lindelof et Carlton Cuse (Lost), James Cameron (Avatar), ou encore Will Wright (Les Sims) pour évoquer avec eux ces nouvelles façons d’être, de penser et de raconter un monde en passe de devenir radicalement différent de celui que l’on a connu.

Frank Rose est journaliste. Il a travaillé pour le New York Times, Esquire, Premiere, Vanity Fair, Rolling Stone Magazine et le Village Voice. On lui doit en particulier des articles dans Wired, aujourd’hui devenus légendaires : Philip K. Dick, les alternate reality games ou encore Avatar. Buzz est son premier livre publié en France. »

Je ne peux que vous recommander chaudement cet ouvrage qui met le doigt sur des mutations fascinantes. C’est brillant, le genre de livre que l’on annote toutes les 5 minutes. Plus j’y réfléchis, et plus je comprends que Les Stagiaires épouse cette génération passionnée par la fiction, ces jeunes qui sont prêts à tout pour travailler de près ou de loin dans l’industrie des médias ou de la création. Ceux que l’on pourrait qualifier de « Otakus », sous des formes pas forcément attendues – ce ne sont pas que ceux qui défilent à Japan Expo avec des pancartes Free Hugs. C’est aussi pour cela que je souhaitais une couverture de Boulet : poursuivre le mélange des genres jusque dans l’objet.

Dans Buzz, Frank Rose souligne : »Les otakus aiment vivre dans des réalités alternées et cela signifie qu’ils voudront tôt ou tard inventer leurs histoires propres dans ces mondes imaginés par d’autres. »

Et voici sûrement le résultat.

 

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