En ce moment, nous attaquons la dernière ligne droite des corrections du roman Les Stagiaires à paraître en mars 2014 chez Milady. On s’amuse beaucoup avec la question de la mise en page, des bonus, etc.


Je suis très très excitée à l’idée de la sortie de ce roman, qui est le fruit d’un long processus de réflexion couplé de la volonté de capter du réel, du quotidien. Il y aura plus d’informations dessus dans le prochain Neverland, où j’ai répondu à une série de questions-réponses qui seront synthétisées. Je vous propose donc de découvrir la version intégrale ici 😉
– Comment est né ce livre ?
L’idée de ce livre est né lors de discussions avec d’anciens collègues, où j’ai fini par m’exclamer : « Il faut vraiment écrire quelque chose sur les stagiaires ». À l’époque, je pense pièce de théâtre, puis BD. J’en parle à Matthieu, un ami rencontré en stage et parti à l’étranger, ainsi qu’à l’illustratrice Miya. Je propose un synopsis, des personnages, et on travaille ensemble à leurs relations, à des petits « strips » amusants. Miya commence à dessiner les personnages, mais faute de temps de son côté, le projet est abandonné. Le temps passe, mais je ne veux pas lâcher cette idée. Je sens tout son potentiel et toute son actualité. Après en avoir parlé à Matthieu, je décide de me lancer dans mon propre roman. Abandonner un projet BD pour le transformer en roman était très intéressant. J’ai voulu conserver l’humour, le dynamisme des strips, mais en déployant des arches narratives beaucoup plus fortes, pour rendre compte de l’intériorité des personnages. Ce ne sont pas que des anecdotes, des situations, mais bien la confrontation d’un groupe d’étudiants au monde du travail, et qui plus est dans le secteur très attrayant du divertissement – en l’occurrence, jeux vidéo et mangas. C’est ainsi que début 2013, prise d’une transe créative très intense, j’écris ce roman. Stéphane Marsan étant déjà enthousiasmé par le concept, je lui présente donc la version rédigée.
– Après Ce qui nous lie, tu tends vers autre chose. Quel était l’enjeu des Stagiaire ? Ou le message que tu souhaitais faire passer ?
Je dirais qu’il y a deux dimensions.
La première, sociologique, consiste à parler de ce qu’est le stage aujourd’hui. Il ne s’agit plus de faire des photocopies, mais de nombreux stages sont de véritables postes déguisés où tournent des individus différents tous les six mois. C’est un statut très ambivalent : à la fois une chance de pouvoir toucher à des responsabilités, et en même temps la difficulté de devoir abattre une grosse somme de travail pour une rémunération souvent dérisoire. Le stage dans le domaine du divertissement et des médias ajoute une donnée intéressante : ces entreprises sont souvent jeunes, dynamiques, et véhiculent des cultures d’entreprise très cool et décontractées. Sous ce vernis de bonne humeur demeure néanmoins une exigence drastique. Il y a aussi stage et stage. Le stagiaire qui se sert de sa paie pour vivre, et celui pour qui ce n’est que de l’argent poche. Sans parler des différences de gratifications, que l’on vienne de la Fac, de grandes écoles, en fonction de notre secteur…
La seconde est la dimension humaine. Il y a beaucoup à dire sur ce que représente le stage, qui est devenu un nouveau « bizutage social ». Le stagiaire doit à la fois rester à sa place tout en tentant de prouver qu’il peut aspirer à plus. Il est souvent à un stade où il se cherche encore lui-même tout en se cherchant dans la société. Je suis également fascinée par la vie en entreprise et le creuset de personnalités qu’elle maintient ensemble par la force des choses. Le couple manager-managé est un mariage qui m’a toujours interpellée : il peut donner des résultats très variés non pas seulement à cause du travail fourni, mais aussi en fonction de l’alchimie entre les personnalités. On évolue alors dans un monde de sous-titres et de non-dits. Aussi, les stagiaires se regroupent toujours entre eux, et créent une sorte d’univers souterrain à l’entreprise, peuplé de soirées et de déjeuners. En soi, la création d’un tel groupe est souvent très sympa, mais les raisons qui font que les stagiaires restent entre eux l’est un peu moins… C’est encore un ersatz de vie étudiante, une transition à travers des rencontres hétéroclites. Le stage, c’est aussi le moment où l’on sort de sa formation, où l’on peut se retrouver confronté à des personnes bien différentes de nous. C’est une tranche dans la vie qui est un carrefour pour beaucoup. 
– Je suppose qu’il y a du vécu ? Un peu ? Beaucoup ?
Ce n’est pas une autobiographie ou une autofiction. En revanche, ce n’est pas un secret : j’ai moi-même effectué des stages dans l’industrie du jeu vidéo. Forcément, j’ai vu bien des générations de stagiaires passer et observé des situations. Sans être subversif, ce roman rend compte de la réalité de ce statut, dans sa gamme d’avantages et d’inconvénients. J’ai rencontré des amis très précieux en stage, et je ne serai sans doute pas tout à fait la même sans eux. Ce roman est aussi un hommage à toute cette période vécue ensemble, à notre génération de stagiaires…

Ecrire un commentaire

Votre adresse email ne sera pas dévoilée. Les champs marqués d'un * sont obligatoires