Lorsque l’on prononce le mot « Transsibérien », les visages s’éclairent. L’évocation de ce train mythique déclenche une cascade d’images : les steppes verdoyantes à perte de vue, les coupoles dorées des églises orthodoxes, le miroir gelé du lac Baïkal. Le Transsibérien, c’est 9000km de voies ferrées reliant Moscou à Vladivostok. Mais en réalité, plusieurs itinéraires sont possibles : le Transsibérien, le Transmongol ou le Transmandchourien.

Ma trilogie « Les stagiaires », « À durée déterminée » et « Indéterminés » s’est clôturée en mars dernier. Pour ceux qui ont lu le dernier tome, ce voyage évoquera forcément quelque chose. J’imagine que c’est ma façon de repousser les limites de la fin.

Depuis longtemps, j’ai des envies de grands voyages. On pourrait plutôt dire que c’est un besoin. Un besoin d’ailleurs, de parenthèse, d’émerveillement, de renouvellement intérieur. J’ai choisi le métier d’auteur parce que je pensais que cela me donnerait une très grande liberté de mouvement. On idéalise bien souvent les métiers ne nous accrochant pas chaque jour à un lieu bien précis. Mais en réalité, le métier d’auteur est plus complexe que cela : bien sûr, nous n’allons pas à un bureau chaque jour, mais personne n’est en marge des contraintes des éditeurs ou autres entreprises avec lesquelles l’on collabore. Un peu en dehors, certes, mais tout de même pris dans le périmètre des impératifs.

Partir demande alors de s’extraire, de délimiter un champ mental et physique loin du travail. Même si, dans le cas de l’écriture, en réalité, l’imagination est toujours à l’œuvre, mais dans des temps de vacances, comme l’a si justement exprimé Delphine Betholon. C’est ainsi que l’on se retrouve au fin fond de la Sibérie, avec une connexion Internet vacillante, à tenter d’envoyer des documents au Ministère de la culture pour les négociations en cours sur la réflexion prospective du statut des auteurs. Je n’ai donc pas réussi à m’extraire complètement comme je le souhaiterais, compte tenu des impératifs actuels #AuteursEnColère. Mais je m’égare.

Le Transsibérien, c’est donc un rêve de longue date, avec comme chaque rêve, une partie de fantasme. Brisons d’emblée quelques images d’Epinal : le Transsibérien actuel n’a rien à voir avec les wagons rutilants de l’Orient Express. C’est un train de nuit comme les autres, à ceci près qu’il traverse 7 fuseaux horaires de son départ à son arrivée.

Dans notre cas, nous sommes partis 17 jours, avec un itinéraire décidé à l’avance : Saint-Pétersbourg, Moscou, Irkoutsk, puis le lac Baïkal. Quatre escales dans quatre zones de la Russie complètement différentes. Nous sommes passés des bars branchés de Saint-Pétersbourg, aux divins ballets de Moscou, pour ensuite vivre dans la forêt au bord du lac Baikal, sans plus aucun moyen de communication.

Avant de partir

Vous avez été nombreux sur les réseaux sociaux à me poser des questions « pratiques » concernant le voyage. Avant toute chose, pour un voyage en Russie, il faut faire un Visa, et donc s’y prendre suffisamment à l’avance ! Si en plus, l’itinéraire choisi dépasse la frontière russe, il faut également prévoir les visas pour la Mongolie et la Chine. Les contrôles sont rigoureux, et même un passeport un peu abîmé peut faire tiquer…

Le Transsibérien peut se vivre de façon très différente, avec un simple sac à dos ou de façon plus confortable. L’essentiel est d’anticiper le nécessaire pour les parties en train, qui peuvent être très longues (entre 4 et 7 jours d’affilée selon vos escales et vos itinéraires).

Les essentiels :

  • Passeport, billets et Visa(s) (oui, vraiment essentiel…)
  • Un guide de conversation français-russe, car peu de Russes parlent anglais ou français
  • Des vêtements confortables pour le train
  • Sachets de thé / café
  • Des livres. Beaucoup de livres
  • Une multiprise, utile dans le train.
  • Masque de nuit, car l’aube arrive bien tôt…
  • Serviette et lingettes

Les prix

Nous ne sommes pas passés par une agence de voyage, dont les prix sont mirobolants. Nous avons construit nous-mêmes notre voyage, en réservant tout simplement les tronçons de train à l’avance sur Internet, sur le site officiel des chemins de fer russes. Les hôtels peuvent être très onéreux à Saint-Saint-Pétersbourg et Moscou. Nous avons opté pour Airbnb : une solution économique, et une façon de rencontrer les Russes.

Pour la réservation du train, les prix vont du simple au double en fonction de la saison ou d’une classe à l’autre. À titre indicatif, un billet de Moscou à Irkoutsk en 2e classe sur le train n°6, fin juin, coûte 13 612 roubles pour un lit en hauteur (soit 188 euros) et environ 5 000 roubles de plus (70 euros) pour un lit en bas. En première classe, le prix est doublé tandis qu’il est divisé par deux en troisième.

Le train

Nous sommes partis 17 jours. Sur ces 17 jours, nous aurons passés 4 jours et demi dans le train, 4 jours et demi qui nous ont fait traverser 6 fuseaux horaires. Autant dire que le corps ne sait plus très bien quels sont ses repères. Sans connexion, les téléphones ne se mettent pas automatiquement à la bonne heure. Alors on flotte, en quelque sorte, sans plus savoir quelle heure il est, avec pour seul repère le lever et le coucher du soleil.

Ce qui frappe tout d’abord, c’est la vitesse. Ou plutôt, la lenteur. Le Transsibérien roule en moyenne à 60km/h. Cela signifie que l’on a le temps. Le temps de voir défiler les paysages, le temps de la contemplation.

Le bruit de fond du train, tacatac tacatac tacatac, est parfois un élément qui perturbe, parfois une berceuse. On s’y habitue en tout cas rapidement, comme aux cahotements réguliers.

Côté pratique, il existe 3 classes dans le Transsibérien, et le choix de la cabine est aussi un choix de voyage, de budget, d’intimité ou de sociabilité.

  • En première classe, la cabine ne comporte que deux couchettes.
  • En deuxième classe, elle en compte quatre.
  • En troisième classe, il s’agit d’un dortoir comportant une dizaine de lits.

Dans chaque wagon, il y a un(e) provodnitsa. Le ou la provodnitsa contrôle les billets, discute avec les voyageurs, fait le ménage, etc. Un wagon comporte deux toilettes assez exiguës, qui font aussi office de douche (avec un peu d’acrobatie). L’ambiance, et peu importe la classe d’ailleurs, c’est l’auberge de jeunesse : on se promène en pyjama de sa cabine au Samovar à disposition pour se faire un thé, on regarde le paysage, on discute dans le couloir. Ça rit, ça parle, et on se précipite dehors à chaque courte escale (entre 5 et 20min selon les arrêts) pour prendre l’air et se dégourdir les jambes.

Si je devais définir le Transsibérien, je dirais que c’est une expérience. Une expérience propre à chacun, et modelée par la façon dont on voyage. Cela peut être un voyage collectif, émaillé d’échanges, comme une véritable introspection.

Pour ma part, j’ai finalement peu échangé avec les autres voyageurs, nous étions en couple et bien décidés à faire de ce périple un périple mental, à deux. Ce fut un voyage de contemplation, d’introspection et de lecture. Et dès le premier pas dans le wagon, c’est comme si le monde s’était retiré pour de bon, et que quelque chose m’étais revenu, là, au niveau du plexus solaire.

Mon temps. Ma liberté mentale.

Aucune possibilité de communication extérieure. Un espace réduit. Des paysages changeants, des forêts de pins, en passant par les lacs et les petites villes… Et puis des livres. Très importants, les livres. Très peu de touristes, en fin de compte, ce qui fait que l’on entend uniquement parler des langues que l’on ne maîtrise pas. On ne s’agrippe pas aux mots, ils glissent sur nous, inconnus.

La cabine devient très rapidement une petite maison. 4m2, à deux, en fait, c’est bien suffisant pour vivre. Des vêtements propres, le nécessaire de toilettes, une réserve de nourriture dans les bagages, une vue qui se métamorphose et des livres pour retourner en soi, ou faire un peu de chemin vers l’ailleurs.

La cabine devient rapidement une cabane mobile. Lever, coucher, les heures qui s’emmêlent, avec toujours sur sa droite le spectacle continu des paysages.

À aucun moment, en 4 jours, nous voulions que ça s’arrête.

Et puis, il a fallu se sortir de cet étrange cocon roulant pour retourner dans le monde.

Les escales

1. Saint-Pétersbourg, pour s’émerveiller

  • Flâner dans le centre historique
  • Contempler l’église du Saint-Sauveur-sur-le-Sang-Versé et admirer la vue depuis la cathédrale Saint-Isaac
  • Traquer les clubs ou bars cachés dans des lieux insolites
  • Passer une journée dans le splendide musée de l’Ermitage, et tenter d’absorber un peu de toutes les beautés cachées dans le majestueux palais d’Hiver vert menthe, or et blanc.
  • Explorer l’île Vasilyevsky
  • Une journée à Peterhof, le palais d’Été de Pierre le Grand : sublime palais, symphonie de fontaines, jardins donnant sur la mer, écureuils très sociables.

2. A la découverte de Moscou

  • Une soirée au Bolchoï,  superbe théâtre qui offre depuis plus de 240 ans de magnifiques spectacles
  • Une balade dans le quartier de Prensnensky, où défilent trois siècles d’histoire
  • Visiter le musée de l’histoire Goulag. Pour imprimer sur ses rétines et garder le souvenir de cette vérité.
  • Se promener dans les plus belles stations de métro, dont certaines sont de véritables œuvres d’art (Komsomolskaya, Belorusskaya, Mayakovskaya…)
  • Flâner dans le parc Gorki, en plein cœur de la ville, immense espace de 120 hectares de végétation constellé d’étangs.
  • Faire quelques emplettes au GOuM, plus beau centre commercial qu’il  m’est été donné de voir : verrière faisant couler une lumière dorée, trois niveaux reliés par des ponts arachnéens, façades ornées…
  • Se perdre dans le dédale du quartier Artplay, fabriques et usines centenaires reconverties en centre du design
  • Dénicher de bons restaurant, pour se rassasier en Pirojki (petits pains fourrés), en Borshtch (soupe de betterave), caviar de saumon sur blinis ou encore en Pielmeni (raviolis). Quelques adresses : Gran Café Dr Jivago, le Garage, Mari Vanna, Delicatessen…

3. Escale à Irkoutsk

Bienvenue en Sibérie ! Irkoutsk n’est pas une ville très attrayante en soi, mais elle dispose d’un aéroport et permet de faire des vivres avant une destination bien plus sauvage : le lac Baïkal. Idéal donc pour faire une pause, faire des courses pour avoir une réserve de vivres (car ensuite, difficile de trouver le moindre magasin…) mais également louer une voiture, essentielle pour se déplacer librement autour du lac.

4. Grand final au Lac Baïkal

Une introduction s’impose. Le lac Baïkal, c’était notre principal objectif, la destination finale. Lire Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson dans le Transsibérien est une bonne immersion, sachant que nous ne sommes pas en plein hiver, mais bien au beau milieu de juillet. Le lac n’a donc pas le même visage.

Le lac Baïkal constitue la plus grande réserve d’eau douce liquide mondiale. 636km de longueur et une largeur variant de 24 à 79km. Vous avez l’impression d’avoir la mer devant vous. Une mer particulièrement calme. C’était une mer sacrée pour les Bouriates, les descendants des Mongols, qui ont foulé ses rivages en premier. Cinq à six mois par an, une épaisse couche de glace recouvre le lac. Au cœur de l’hiver, elle atteint souvent près d’un mètre…

Pour s’émerveiller :

  • Vivre dans une cabane en bois dans la forêt.
  • Faire de longues promenades au bord du lac.
  • Se baigner dans le lac, même si l’eau est un peu froide.
  • Chercher d’autres petits lacs, les lacs chauds, précieusement enfouis dans des écrins de végétation à couper le souffle
  • Expérimenter le bania russe, un bain à vapeur qui se différencie du sauna scandinave à chaleur sèche. Température entre 65 et 120 degrés, une tradition quasi rituelle comprenant de longues pauses à l’air frais, du thé au miel, des branches séchées de bouleau ou de chêne.
  • Faire de longues randonnées dans le parc national de la Tounka, l’une des réserves naturelles du Baïkal.
  • Nourrir les chiens errants. En adopter un le temps des randonnées.
  • Croiser des chevaux et des vaches sur la route. Sympathiser avec eux.
  • Visiter le village d’Arshan : se promener dans la montagne, croiser des cascades, attacher un ruban coloré autour d’une branche, en hommage à l’eau minérale sacrée.

Et puis ensuite, le retour… pas en train, mais en avion. Faire en quelques heures la même distance que celle parcourue durant quatre jours. Mais vous l’aurez compris, le voyage du Transsibérien ne se vit pas comme aller d’un point A un point B, le plus rapidement possible. Ce qui motive les voyageurs, c’est l’expérience, qu’elle soit connectée aux autres ou plus introspective.

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